Marcel Lechien, le maître d’école

En novembre 2004, un instituteur du nom de Marcel Lechien a été jugé et condamné à 15 ans de réclusion criminelle pour actes de pédophilie commis sur ses jeunes élèves, entre 1989 et 2001. Au-delà des actes de l’enseignant, on s’interrogea aussi beaucoup sur les raisons qui poussèrent le système éducatif, malgré de nombreuses plaintes des parents, à ne pas réagir. Retour sur un fait divers du village de Cormeilles (Eure, Normandie) en proie à la honte et au scandale, allez c’est parti, bonne lecture à tous !

1/ Les origines

Marcel Lechien est né en Normandie en 1953. Plus tard, il dira de son enfance qu’elle fut heureuse et sans histoires.
Décidé à devenir instituteur dès l’âge de sept ans, Lechien ne se détourna jamais de ce projet et intégra l’école normale.
Là, il serait rapidement devenu un bouc émissaire en raison de son physique quelconque et de son patronyme.

Une fois que sa formation est achevée, il occupa plusieurs postes dans l’Eure à dater de 1977.
Dès le début de sa vie professionnelle, Lechien fut accusé d’attouchements sexuels à l’égard de mineurs. Des parents se plaignirent auprès de sa direction de gestes déplacés commis envers leur petite fille. On critiqua également le comportement parfois violent de l’enseignant et son goût pour les fessées déculottées données devant la classe. La plainte ne fut pas suivie d’effet, la direction de Lechien ayant estimé que les accusations étaient totalement diffamatoires.

Pourtant, d’autres plaintes suivirent… En 1980, des parents s’ouvrirent à la direction à propos du fait que Lechien restait longtemps enfermé en classe avec une élève. Ici aussi, aucune suite ne fut donnée.
En 1989, Marcel Lechien prit la tête d’une classe à Cormeilles, sa localité de naissance. Il y restera jusqu’à son arrestation, survenue le 7 février 2001.

En 1996, 2 nouveaux enfants de Cormeilles se plaignirent d’attouchements de la part de l’instituteur. Les parents signalèrent le problème à la directrice de l’école qui choisit de classer l’affaire avec pour tout commentaire : « on n’est pas à la télé ! ». Pour sa part, l’inspection d’Académie considéra les faits comme « un simple contact accidentel de l’entrecuisse ».

Nouvelle alerte encore en 2000 : une jeune fille de 17 ans déclara à plusieurs médecins avoir été violée par Lechien. Inexplicablement, les médecins lui conseillèrent d’oublier cette histoire et de ne pas s’attaquer à un homme honorablement connu.

2/ L’arrestation

Jean-Yves Cendrey en 2014

L’arrestation de Marcel Lechien survint le 7 février 2001 grâce à l’écrivain Jean-Yves Cendrey.
Ce père de plusieurs enfants scolarisés à Cormeilles, reçut fortuitement le témoignage d’un autre parent d’élève qui lui signala que sa petite fille avait été victime d’attouchements de la part de l’instituteur.
Patiemment, Cendrey mena son enquête, rencontrant nombre de personnes. De multiples témoignages accusèrent Lechien d’actes de pédophilie, beaucoup de victimes ou de parents se plaignirent aussi du fait que l’administration n’avait pas voulu croire leurs dires et encore moins y donner suite.

Le 7 février 2001, sûr de son fait, Cendrey pénétra dans l’école, s’empara de la personne de Lechien et le conduisit à la gendarmerie.
Plus tard, Jean-Yves Cendrey écrira un roman inspiré des événements, il l’intitulera Les jouets vivants.
En conséquence de l’acte de Jean-Yves Cendrey, 38 enfants viendront témoigner à la gendarmerie contre Lechien.

Après son arrestation, le 7 février 2001, Lechien reconnut les faits. Mais, rapidement, il se rétracta et, dès lors, ne cessa de proclamer son innocence.

3/ L’homme discret

L’enquête effectuée sur le passé de Marcel Lechien fit apparaître un homme d’une banalité totale.
Il apparut, qu’enfant, Lechien était la tête de Turc des ses condisciples qui raillaient son nom et son physique ingrat.
La vie affective de Lechien débuta à l’âge de 27 ans, lorsqu’il épousa une femme de 17 ans son aînée et mère d’une de ses élèves. On ne lui trouva pas la moindre histoire affective avant cette période.

Aux experts-psychiatres, Lechien déclara : « Je ne suis pas un pervers sexuel. Je n’ai pas d’idées mal placées. » Pour justifier ses aveux initiaux, il se justifia en déclarant : « Je suis timide. C’est dans ma nature ».

4/ Le procès

Marcel Lechien comparut devant les assises d’Évreux en novembre 2004, accusé de trois viols et 36 agressions sexuelles sur des enfants âgés de 6 à 10  ans, survenus entre 1989 et 2001.

La plupart des victimes de Lechien comparurent en audience et se retrouvèrent face à l’accusé. Ce dernier s’enferma dans le déni et accusa la Justice « de ne pas conduire un procès équitable ».
La défense de Lechien demanda aux jurés de prononcer « l’acquittement au bénéfice du doute », de rejeter « la sacralisation de la parole de l’enfant », dénonça « une instruction menée exclusivement à charge », parla de « psychose collective », souligna « l’absence de preuves matérielles », estima que « Tout est parole contre parole et tout peut être retourné », agita « le risque d’une possible erreur judiciaire » et évoqua le procès d’Outreau en estimant que « les mêmes fautes ont été commises dans l’écoute des enfants ».

Reconnu coupable de tous les faits, Marcel Lechien écopa quasiment de la peine maximale, 15 ans de réclusion. Il ne commenta pas le verdict.

La directrice de l’école de Cormeilles et un inspecteur de l’Éducation nationale, mis en examen pour non-dénonciation d’atteintes sexuelles, bénéficièrent d’un non-lieu. Pourtant, alertée à plusieurs reprises des faits, la hiérarchie de Lechien n’avait cessé de minimiser les faits et de refuser toute enquête sous prétexte que « les enfants fabulent ».
L’absence de condamnation de l’Education nationale amena un avocat des parties civiles à déclarer : « Une lourde peine qui permet de mieux taire la responsabilité de l’institution. Ce procès a montré les mécanismes de silence corporatistes de l’Education nationale. Il a montré que la défense de l’institution justifie que l’on sacrifie des enfants »…

5/ À l’heure actuelle

À l’heure actuelle, de nouvelles plaintes restent envisageables et de nouvelles actions en justice pourraient être intentées contre l’instituteur pédophile. Marcel Lechien a été libéré en 2011 après avoir purgé une partie de sa peine. Il est depuis placé sous bracelet électronique. Le 27 mai 2013, 6 nouvelles plaintes ont été déposées par d’anciens élèves, et dont les requêtes n’avaient pas pu être prises en compte, il fut donc condamné à 5 ans de prison ferme.

 

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